Pauline Couturon
Comment cohabiter avec l'inanimé au plateau ?
Recherche
Après un parcours universitaire (double licence de Lettres Modernes et Sciences du langage) et plusieurs formations théâtrales en tant que comédienne (notamment à l'école Claude Mathieu puis à l'EDT 91), j'ai intégré le master Jouer et mettre en scène au CNSAD-PSL dans la continuation de mon désir d'explorer différents horizons de compréhension du monde.
Ma recherche actuelle me mène à chercher ces horizons dans les choses "inanimées" qui nous entourent et qui accompagnent l'humanité depuis la nuit des temps.
Par le mot "inanimé" j'englobe tout ce que l'on considère comme étant privé de conscience. Je m'intéresse à la présence des technologies dans nos vies autant qu'à la mémoire que contiennent des objets plus anciens. C'est avec ces éléments concrets qui habitent nos quotidiens que je souhaite explorer notre vision du réel et accéder à ses profondeurs.
Je cherche, à travers un théâtre minimaliste, à retrouver un contact direct avec les choses de ce monde et interroger leur impact sur nos intériorités. S'autoriser à penser la possibilité d'un dialogue avec ce qui n'a pas de conscience à priori est pour moi l'opportunité d'avoir accès à de nouveaux récits et de sortir d'une vision anthropocentrée du monde.
Je m'interroge donc sur le fonctionnement et la place dans nos vies de la technologie, des magnétophones à l'intelligence artificielle, mais aussi sur le fonctionnement de la nature qui regorge de visions qui nous projette hors de nos habitudes de pensées quand on s'y plonge.
Je construis un théâtre qui ne cherche pas à mimer le réel mais souhaite en explorer l'étrangeté. J’aime que le plateau soit un lieu codifié, proche du rituel, où l’on assume de « faire semblant » pour mieux toucher à la vérité symbolique du monde.
Je travaille autant à partir de matériaux concrets — entretiens, documentaires, données scientifiques — qu'avec l’imaginaire poétique. C’est à cet endroit précis, où le réel et la fiction se frôlent sans se confondre, que je souhaite faire du théâtre.
Pauline Couturon a effectué un stage avec Nina Laisné et François Chaignaud, la semaine du 14 avril 2025, afin de suivre les répétitions de leur spectacle Ultimo Helecho à la Roche-sur-Yon, puis a participé à deux jours de résidence au Théâtre de l'Atalante.
Travaux
Détection d'une cavité en salle de spectacle
Théâtre du CNSAD-PSL
Samedi 6 septembre 2025 à 15h et lundi 8 septembre 2025 à 19h
"Ce spectacle, construit à partir d’entretiens avec un géophysicien, explore la présence souterraine d’une cavité — à la fois géologique et métaphysique – et la menace discrète d’un effondrement qui pèse sur le réel."
Mise en scène Pauline Couturon
Distribution Louise Benichou, Justin Ferrand
Scénographie Chloé Thibaut-Nguyen
Ecriture Pauline Couturon en collaboration avec Hervé Chauris
Assistanat à la mise en scène : Lucile Houdy
Génération d'images : Hervé Chauris et Mohammad Bilal Chawki
Costumes : Christelle André

Festival Jouer et mettre en scène 2026
La Hache
Mise en scène Pauline Couturon
D'après une nouvelle d'Agota Kristof
Avec
Louise Benichou
Jeanne Guillon Verne
et Camille Métayer
Scénographie Anaïs Aublet-Cuvelier
Dramaturgie et costumes Camille Métayer
Création sonore Marine Swietlik et Solal Mazeran
Création lumière Jessy Ducatillon
Collaboration artistique Amélie Gratias
Remerciements Mohammad Bilal Chawki, Marie-José Malis, Laure Bachelier-Mazon, Maksym Teteruk, Arnaud Laporte, Patrick Ligarius
Du 1er au 3 octobre 2026 à 19H30 - Réservations ici
Salle blanche du site de Romainville
"Dans La Hache d’Agota Kristof, une femme parle. Elle raconte un accident. Son mari est mort, une hache plantée dans le crâne. Elle s’adresse à un médecin dont on n’entendra jamais les questions. Elle le guide, à travers un intérieur bouleversé, jusqu’au drame. Nous n’avons accès à la scène qu’à travers ses mots. Elle est à la fois le seul témoin, le seul récit, et la première suspecte. Alors même qu’elle défend l’hypothèse improbable de l’accident, une lecture évidente de la nouvelle est de la considérer coupable.
C’est pourtant avec l'hypothèse inverse, la possibilité de l’improbable, que je veux travailler. La nouvelle contient un trouble qui résiste à la rationalisation. Il y a une anomalie, un doute, une part de la vie qui ne rentre pas dans les réponses attendues. Ce trouble entre en résonance avec mes questionnements sur l’intelligence artificielle : que devient notre rapport au réel lorsque les outils auxquels nous nous adressons nous proposent uniquement les réponses les plus probables, cohérentes et efficaces ? à quel endroit échappe-t-on encore à cette logique de calcul ? La Hache est l’occasion pour moi d’une exploration théâtrale sur ce qui, en nous, obéit à des consignes, des habitudes, des attentes ; et ce qui, parfois, cesse d’y répondre.
Le spectacle se déploie comme une tentative de reconstitution scénique des possibles que contient l’écriture. Trois comédiennes portent le texte comme trois versions d’une même parole. Elles sont guidées par une voix off qui leur donne des consignes pour traverser, déplacer et mettre à l’épreuve ce que la femme tente de nommer. Celle-ci devient alors une figure qui échappe à toute biographie, psychologie, culpabilité ou pathologie figée. Une figure instable, traversée par plusieurs hypothèses, à la fois intime et collective.
La Hache met en jeu ce moment où une parole tente de tenir debout, où un événement refuse de se laisser expliquer, où les êtres et les choses semblent sortir de leur usage habituel. Un espace où l’on ne résout pas l’énigme, mais où l’on tente d'habiter son incertitude."