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OR ou les rêves tumultueux

Du 24 septembre au 26 septembre 2026

Festival "Jouer et mettre en scène" — 2ème cycle

OR ou les rêves tumultueux

Écrit et dirigé par Julie Cecchini

D'après Hamlet de Shakespeare

Du 24 au 26 septembre 2026

Salle blanche du site de Romainville

Adresse 43 rue de la Commune de Paris 93230 Romainville

Accès Ligne 5 du métro, arrêt Bobigny – Pantin – Raymond Queneau

OR ou les rêves tumultueux est une traversée de Hamlet de Shakespeare — non pas une mise en scène de la pièce, mais une réécriture libre qui sort d'une logique hamléto-centrique pour s'insérer dans les zones d'ombre de la pièce-colosse : ses endroits sous-traités ou trop souvent oubliés, qui concernent notamment les personnages féminins, Gertrude et Ophélie.

Le titre OR vient du célèbre to be or not to be — ce Or suspendu entre l'être et le pas-être, entre la vie et la mort, entre l'action et l'immobilité. C'est là que je place ma recherche théâtrale : dans cet espace intermédiaire, cette brèche ouverte par le deuil. Le deuxième titre Les rêves tumultueux vient de Baudelaire — du Mangeur d'opium, où le poète décrit le sommeil de l'abstinent : ce mauvais sommeil hanté, ces nuits où la douleur est si physique qu'elle envahit le corps, où l'on s'entend gémir, où l'on est réveillé par sa propre voix, où l'on ne distingue plus le réel de la fiction, l'éveil du songe. Ce double titre dit l'endroit exact du spectacle : ni tout à fait la vie, ni tout à fait la mort. L'entre-deux.

Le principe dramaturgique est le célèbre The time is out of joint — le temps est disloqué. C'est ce que dit Hamlet quand son père mort se re-manifeste à lui en tant que spectre. Le monde ne coïncide plus avec lui-même dès lors que la mort — par l'intermédiaire d'un mort, le père — entre dans l'espace des vivants. Ce grand événement de Hamlet est probablement ce qui continue d'alimenter la plume des plus grand·es chercheur·euses du monde entier : on y reste sidéré·es, incapables d'agir, pris entre deux forces contradictoires, une pulsion de vie et une pulsion de mort, être ou ne pas être. Le destin d'Hamlet est celui qui m'interpelle aujourd'hui : comment sortir le pied de la tombe qui se creuse en nous quand la mort d'un proche fait irruption dans nos vies ? Comment se défaire de l'obsession de la mort ? Comment faire le deuil et laisser enfin partir celles et ceux qui n'appartiennent plus à ce monde et, par la même action, se libérer ?

Prendre The time is out of joint comme axe dramaturgique signifie concrètement défaire la chronologie, emprunter à Shakespeare ses personnages et ses événements mais en changer la logique, la temporalité, modifier le squelette pour mettre en valeur — grâce à une nouvelle stratégie de montage — ce que la pièce dit sans dire : l'intraitabilité de la mort. Tous·tes reprochent à Hamlet d'être trop lent dans son deuil, que pleurer une chose aussi commune que la mort est insensé, presque obscène. C'est de là que vient mon besoin de remettre la lumière sur leurs fatalités, sur la marche inéluctable des personnages vers cette dernière scène de l'acte V où ils vont tous mourir de manière presque ridicule — tellement Shakespeare fait advenir la mort en quelques vers, lui qui sait être si bavard par ailleurs. J'ai donc pris la fin de la pièce de Shakespeare comme point de départ de OR ou les rêves tumultueux. 

Le plateau est organisé en bifrontal et délimite un espace qui prend les traits d'un cimetière. Les personnages que nous connaissons — Hamlet, Ophélie, Claudius, Gertrude, Polonius, Laërte, Rosencrantz et Guildenstern, Yorick, Fortinbras — sont des fantômes qui répètent leur tragédie en boucle, pris dans un loop dont ils ne savent pas comment sortir. Autour d'eux, les spectateur.ices sont les vivants convoqués comme témoins. Le spectacle avance comme un mauvais sommeil : on rit, on chante, on mange, du sang tombe du ciel, des têtes roulent, on ressuscite, on raconte des histoires, et personne ne s'arrête vraiment. L'ombre du déni flotte dans chaque scène. "Un œil pleurant, l'autre riant", écrit Shakespeare, pour un début de conscience il y a un refoulement encore plus puissant. Pour un début de larmes, un rire glaçant. Hamlet dit des célébrations des noces de Gertrude et Claudius qui ont suivi de peu les funérailles de Hamlet-Roi, que "les viandes rôties des funérailles ont été servies froides au mariage." Dans OR, le recyclage continue — la mort est le meilleur compost. 

Comment faire une place à la mort dans une société qui ne sait plus s'arrêter ? Le spectacle pose cette question — jusqu'au moment où une seule mort, enfin pleurée, ouvre peut-être quelque chose.

Si on entre dans Hamlet par la mort, a-t-on une chance d'en sortir plus vivant ?


Écriture et mise en scène Julie Cecchini (d'après Shakespeare) 


Assistanat à la mise en scène Elia Albero 

Collaboration artistique Rachel Aroutcheff 

Avec

Mathilde Briet 
Lucie Courbet 
Geneviève Dang 
Grégoire Durif 
Romane Fournier 
Laurent Khider 
Juliette Mayer-Michalon 
Alban Pellet 
Matteo Pereira 
Paulo Tangerino 

Conception costumes Canelle Charlanes
Réalisation costumes Canelle Charlanes, Valentine Issanchou, Rachel Aroutcheff et Albane De La Barthe
Scénographie Albane De La Barthe
Conception son Grégoire Durif 
Conception lumière Maxime Rousseau 


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