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Emma Dupont Leonardi

«Du texte au plateau, un geste continu d'écriture : comment l'au-delà de la violence ouvre une brèche vers une "poésie du vertige" ?»


Travaux

Charbon

Théâtre du CNSAD-PSL

Samedi 6 septembre 2025 à 19h et lundi 8 septembre 2025 à 15h 

[...] se dire 

enfin

voilà le désastre

je t’attendais

(tw : incestuel, inceste)

Scénographie Éloïse Baudry 

Collaboration artistique Jeanne Bruneau-Bongard, Pauline Couturon, Nicolas Monsavane

Écriture, mise en scène et jeu Emma Dupont Leonardi 

Comment appeler ce travail 

je ne sais pas ce que c’est
ce texte
je ne sais pas ce que c’est

faire la liste
est-ce que ça me rassure
faire la liste
établir
tout ce que ce n’est pas
une histoire
un témoignage
un champ de mines
un plaidoyer
une pulsion de vie
un poème
une révolte
un bouquet d’épines
une pièce de théâtre
une pulsion de mort
un geste d’amour
un geste de haine
un cri
une danse macabre
une scène de crime
la vérité
autre chose que la vérité
des cendres

pourquoi 
toujours cette incapacité à 
nommer

un combat de chiens, non
un élan
un regret
une maison hantée
une prise de position
un sursaut
un deuil
une robe de chambre
une grippe
un journal intime
un journal de bord
un procès
une question
une réponse
une forêt noire
une supplication
le dessous de ma jupe
un cauchemar
une malédiction
une déchirure
un tableau d’Otto Dix
une main tendue
une anomalie

peut-être que c’est
à vous
de le dire
non ?
peut-être que je voudrais que vous 
puissiez me le dire
c’est obscène, pas vrai

mais si seulement

mettre mon cerveau de côté
le tirer de sa tour de contrôle
éteindre la machine


Rien de tout cela. Ni une démonstration. Ni un tour de force. 
Un fil de pensée? Ou peut-être une exhumation sans corps. 
Charbon, c'est une forme hybride qui a du mal à se définir, à trouver sa forme, qui cherche ses mots. Et c'est de ça qu'il s'agit. Des mots. De l'impossibilité du langage. D'une langue tâtonnante qui fait défaut et échoue. A dire la violence. A dire la singularité d'une solitude. Et tout un monde intérieur comme un membre fantôme. 
C’est cette voix qui dit 
Tes traits sur mon visage
Le sang sur les mains de Lady Macbeth
pour dire l’envahissement, la perte de contours.
Charbon c’est le travail, ce qui bouillonne. C’est la terre qu’on remue à pleines mains. Matière noire qu’on sort des profondeurs et qu’on arrache à la mine. 
Le trait tracé au fusain qui dessine, découpe, écrit, anime et peuple. Ici en négatif, troqué pour une craie blanche. 


Enfin, et avant tout, Charbon c’est une rencontre. Entre Jeanne, jeune sémanticienne et Emma, artiste de théâtre. Entre deux femmes qui vouent leur vie aux mots, donc. Deux métiers, en somme, qui cherchent comment dire. 


Festival Jouer et mettre en scène 2026

Antimatière

Écriture et mise en scène  Emma Dupont Leonardi

Avec Yaëlle Lucas et Lucile Guenat
24 septembre à 19h, 25 et 26 septembre à 19H30. Réservations ici

Salle noire du site de Romainville

pas de drame


juste

du feu


des mots

et le corps

qui cherche

à se réagencer

se demande où va chacun de ses morceaux


rassembler ses fragments


tenter de remettre les choses 

à leur place


ce geste, toujours le même

l’encre sur le papier


et

soudain

cette rencontre


certains scientifiques supposent qu’il existe probablement dans l’univers des régions majoritairement composées d’antimatière


comprenez-vous


l’antimatière


          Un texte qui s’écrit devant nous. Un monde qui se lève par ce geste d’écriture. 

Une Femme qui parle à une Tête de cerf, ni tout à fait incarnée ni tout à fait mise à distance, dans laquelle se coule parfois la Poétesse qui l’écrit. 

Des présences comme autant de parts d’altérité que l’on rencontre dans les profondeurs de notre humanité, cette part d’Autre en soi. 

Et les équations d’un Physicien qui disent la structure des choses. 


          Dès le début du texte, on comprend qu’il y a eu violence. On comprend qu’il y a eu le feu. Et dans l’au-delà de la violence, le “sinistre” dans son ambiguïté sémantique ouvre une brèche. 

Antimatière (pièce métaphysique), c’est une errance dans cette noirceur, ce chaos, cet antimonde, un poème fragmenté qui fait du théâtre un lieu-rituel où faire face collectivement à cette couche insondable de l’existence 

–frôler le bord du précipice / et le cartographier–

et où peut naître, enfin, une poésie du vertige.


©Christophe Raynaud de Lage


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