(promotion 2016)
« Le rituel de l’habillage comme mécanisme de transition du vêtement au costume. Dire que ce rituel est un acte de théâtre performatif duquel naît l’objet-costume, art visuel-vivant. »
Sujet
Le rituel de l’habillage comme mécanisme de transition du vêtement au costume. Dire que ce rituel est un acte de théâtre performatif duquel naît l’objet-costume, art visuel-vivant. Avec l’hypothèse que Le rituel qui consiste à l’habillage d’un mort pour son entrée dans l'autre monde comporte une étrange similarité avec celui qui consiste à l’habillage du. de la comédien.ne avant son entrée en scène.
Ma réflexion concernant l’objet-costume et plus précisément ce rituel spécifique est née de mes observations dans ma pratique professionnelle et d’un bouleversement profond ressenti lors d’un rite funéraire en Afrique de l’ouest. A la mort de ma grand-mère, je me suis rendue à Lomé Togo pour ses funérailles. J’ai été alors témoin d'un rituel qui ne m'avait jamais été donné à voir auparavant. Ce rituel, qui est un rite de passage, était focalisé sur l'habillage de ma défunte aïeule. Après l'avoir lavée, les femmes présentes dans la chambre, s'occupèrent de lui enfoncer dans les orifices, des boules de coton mouillé. Elles lui coupèrent les ongles, les cheveux qu’elles emballèrent dans un linge puis, de manière attentionnée, tout doucement, comme dans un rêve, dans un subtil, et, comme inné mouvement de danse, elles l'enveloppèrent dans des couches de vêtements et de tissus blancs qui devinrent en quelque sorte, une étrange membrane, un bandage, une peau épaisse, une carapace fermée qui l’éloignait de moi comme l’eut tout autant fait, un cercueil. L'image que je percevais d'elle, à cet instant précis, était l'état d'aliénation dans lequel sa personne se trouvait. Elle avait « changé » de peau. C'était une autre. Ma grand-mère s'était métamorphosée en une poupée géante dont le corps disparaissait sous une superposition de vêtements. Elle était devenue un tableau, une image qui se laissait lire et mouvoir dans mon imaginaire. Alors seulement, je compris et acceptai sa mort. Cette vision, cette identification ne devait jamais plus me quitter…
Le rituel qui consiste à habiller un mort pour entrer dans l'autre monde comporte une étrange similarité avec celui qui consiste à l’habillage du comédien, la comédienne avant son entrée en scène. Cette thèse se propose donc de mettre le costume au centre de la recherche en tant qu’objet performatif en action. Dire que le rituel de l’habillage est un rite de passage qui met en scène la métamorphose du vêtement en costume, que cet instant est une performance et que de cette action naît une image l’objet-costume pouvant se lire comme un tableau, un arrêt sur image, cependant vivant et en mouvement impulsé par l’imaginaire du regardeur. Cet arrêt sur image s’inscrit dans un processus de déplacement du regard. Comme un objectif. C’est, pourrait-on dire, une vision qui mène à une lecture. «Dress is a form of visual art, a creation of images with the visible self at its medium». Anne Hollander dans « seeing through clothes.» Scénographe, costumière et plasticienne, j’appréhende par le prisme de la performance et l’installation, le vêtement-costume comme espace, lieu du corps où prend place un théâtre intérieur, singulier. Le vêtement dans le sens le plus large du terme est expérimenté par tous les peuples de toutes les cultures. Il est le lien entre le corps et le monde extérieur qu'il soit aussi minimal qu'un morceau de peau, de tissu ou enveloppant des pieds à la tête ou aussi éphémère qu'un ornement peint. Il est le matériel et la substance conceptuelle qui définit, et, de ce fait, distingue le public et le culturel du privé et du nu. Cette thèse s’intéresse au vêtement et au costume et, par extension, au tissage, au tissu, aux peaux, à la peau et au corps. Elle questionne le vêtement-costume par le rituel de l’habillage dans l’ordinaire du quotidien (naissance, communion, mariage…). Dans « l’extra-ordinaire » du carnaval, du théâtre, de la danse, des rituels funéraires, ou de déguisement et de travestissement qui prennent leur source dans des rites ancestraux. Cette seconde peau, cette enveloppe dont nous nous couvrons et découvrons tout au long de la vie, tout au long des changements de rôles au théâtre et dans la vie, s’imprime en une image définitive, la dernière, l’ultime, lorsque la vie se fige. C’est donc le rapport de l'être humain au monde par le biais de ce dont il est vêtu (de l'apparition, à l'apparence et à la disparition), de la naissance à la mort dont il est question tout en interrogeant le théâtre dans cet effacement de l'être acteur qui a lieu lors du rituel de l'habillage avant son entrée, son apparition en scène... en un autre, un actant. Le rituel de l’habillage comme rite de passage donc… Si le rituel de l’habillage de la défunte et l’image qui en découle font surgir dans mon esprit le rituel de l’habillage au théâtre alors il est question de la mort mais de quelle mort s’agit-il pour celui, celle, qui entre en scène?