Julie Cecchini
Un théâtre à la recherche de la magie; en passant par le conte, la marionnette et la musique; retrouver un émerveillement enfantin.
Après une formation de comédienne à l'ENSATT (Lyon), poussée par un désir brûlant de mise en scène, j'ai intégré le Master "Jouer et mettre en scène" au CNSAD-PSL.
L'urgence d'écriture est le moteur premier, suivie de tout près par mon amour obsessionnel pour la musique et son langage pour moi indissociable du théâtre.
Être au plateau me procure une grande joie, mais je me sais trop curieuse, trop gourmande dans mon envie de création, pour n'être qu'actrice.
J'ai besoin de réfléchir l'acte théâtral dans son intégralité, dans tout ce qui le précède et qui fait que la magie opère.
Je viens d'une école où tous les métiers du spectacle cohabitent dans un même espace, j'ai pu rencontrer mes collaborateur.ices d'aujourd'hui. On grandit ensemble, on experimente, on se dit que les uns sans les autres on n'est pas grand-chose; le théâtre est aujourd'hui pour moi avant tout une manière de faire communauté, de créer une polyphonie. Là où une jolie voix est puissante, un chœur est sublime. J'ai toujours porté en moi le rêve caché d'être chef d'orchestre - quand j'écoute de la musique, je me surprends encore à bouger ma main dans les airs pour équilibrer et donner voix aux instruments. Je conçois ce rôle de cette manière, le.la metteur.e en scène est là pour lier, équilibrer, doser, faire en sorte que tout sonne comme ça doit sonner. Je suis rentrée dans la formation en me proposant d'aller a la recherche de la magie, de là où l'âme agit, de comprendre quelles sont ses constantes ainsi que ses variantes. Si elle advient, comme advient la grâce, ou si comme la chimie elle a ses procédés et sa logique.
Doit encore venir le jour où je trouve plus magique que des yeux qui brillent dans le noir versant des larmes mystérieuses pour une histoire qui ne leur appartient pas, mais qui, pourtant, les lient les uns autres.
Recherche
Julie Cecchini a passé 4 semaines de mi- mars à mi-avril 2025 à Florence, au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino pour assister aux répétitions de l'opéra Salomé de Strauss mis en scène par Emma Dante.
Elle est partie 5 jours à Milan, en avril, pour un workshop de théâtre physique et improvisation masquée avec Davide Celona, acteur de la compagnie de Emma Dante.
Travaux
Jack, Maman et le poisson zèbre
Théâtre du CNSAD-PSL
12 septembre 2025 à 15h et 13 septembre 2025 à 19h
Jack, Maman et le poisson zèbre est l'adaptation théâtrale et musicale d'un conte dont j'ai entamé l'écriture à la suite de la rencontre avec le docteur Phong Nguyen, chercheur en épigénétique, qui enquête sur le processus de régénération cellulaire dans le tissu cardiaque. Le cœur humain n'étant pas capable de guérir d'une blessure tel qu'un infarctus, les laboratoires du monde entier utilisent comme modèle de recherche le poisson zèbre, un des rares organismes vivants capables de régénérer un cœur à 100%. J'en ai donc fait l'objet de la quête dans le voyage initiatique du jeune Jacquelin, un enfant-marionnette qui décide de quitter son village afin de sauver Maman d'un cœur congelé et d'une mort qui avance à grands pas. C'est l'histoire d'une blessure pas soignée, tue depuis longtemps et qui refait surface pour entamer sa réparation.
Le spectacle est pensé pour être adressé à un public varié, mélangeant le théâtre d'images ainsi que de parole, l'art du masque, de la marionnette, de l'opéra, du clown, de la comédie musicale, il se veut assez hybride pour atteindre, à différents nivaux de compréhension, tout enfant entre 6 et 90 ans.
Jeu Jules Benveniste, Mathilde Briet, Alexis Cavanna, Geneviève Dang, Grégoire Durif, Romane Fournier, Juliette Mayer-Michalon, Camille Métayer, Marilou Poujardieu, Théo Verdier
Conception costumes et masques Izac Benedetti, Canelle Charlanes, Emma Euvrard
Conception et construction marionnette Lais Argis
Scénographie Albane De Labarthe, Gabrielle Méchain
Lumières Michel Abdallah, Gabrielle Méchain
Musiques Grégoire Durif, Camille Métayer
Texte et mise en scène Julie Cecchini

Festival Jouer et mettre en scène 2026
OR ou les rêves tumultueux
Écrit et dirigé par Julie Cecchini
D'après Hamlet de Shakespeare
24 septembre à 16H30, 25 et 26 septembre 2026 à 19H - Réservations ici
Salle blanche du site de Romainville
OR ou les rêves tumultueux est une traversée de Hamlet de Shakespeare — non pas une mise en scène de la pièce, mais une réécriture libre qui sort d'une logique hamléto-centrique pour s'insérer dans les zones d'ombre de la pièce-colosse : ses endroits sous-traités ou trop souvent oubliés, qui concernent notamment les personnages féminins, Gertrude et Ophélie.
Le titre OR vient du célèbre to be or not to be — ce Or suspendu entre l'être et le pas-être, entre la vie et la mort, entre l'action et l'immobilité. C'est là que je place ma recherche théâtrale : dans cet espace intermédiaire, cette brèche ouverte par le deuil. Le deuxième titre Les rêves tumultueux vient de Baudelaire — du Mangeur d'opium, où le poète décrit le sommeil de l'abstinent : ce mauvais sommeil hanté, ces nuits où la douleur est si physique qu'elle envahit le corps, où l'on s'entend gémir, où l'on est réveillé par sa propre voix, où l'on ne distingue plus le réel de la fiction, l'éveil du songe. Ce double titre dit l'endroit exact du spectacle : ni tout à fait la vie, ni tout à fait la mort. L'entre-deux.
Le principe dramaturgique est le célèbre The time is out of joint — le temps est disloqué. C'est ce que dit Hamlet quand son père mort se re-manifeste à lui en tant que spectre. Le monde ne coïncide plus avec lui-même dès lors que la mort — par l'intermédiaire d'un mort, le père — entre dans l'espace des vivants. Ce grand événement de Hamlet est probablement ce qui continue d'alimenter la plume des plus grand·es chercheur·euses du monde entier : on y reste sidéré·es, incapables d'agir, pris entre deux forces contradictoires, une pulsion de vie et une pulsion de mort, être ou ne pas être. Le destin d'Hamlet est celui qui m'interpelle aujourd'hui : comment sortir le pied de la tombe qui se creuse en nous quand la mort d'un proche fait irruption dans nos vies ? Comment se défaire de l'obsession de la mort ? Comment faire le deuil et laisser enfin partir celles et ceux qui n'appartiennent plus à ce monde et, par la même action, se libérer ?
Prendre The time is out of joint comme axe dramaturgique signifie concrètement défaire la chronologie, emprunter à Shakespeare ses personnages et ses événements mais en changer la logique, la temporalité, modifier le squelette pour mettre en valeur — grâce à une nouvelle stratégie de montage — ce que la pièce dit sans dire : l'intraitabilité de la mort. Tous·tes reprochent à Hamlet d'être trop lent dans son deuil, que pleurer une chose aussi commune que la mort est insensé, presque obscène. C'est de là que vient mon besoin de remettre la lumière sur leurs fatalités, sur la marche inéluctable des personnages vers cette dernière scène de l'acte V où ils vont tous mourir de manière presque ridicule — tellement Shakespeare fait advenir la mort en quelques vers, lui qui sait être si bavard par ailleurs. J'ai donc pris la fin de la pièce de Shakespeare comme point de départ de OR ou les rêves tumultueux.
Le plateau est organisé en bifrontal et délimite un espace qui prend les traits d'un cimetière. Les personnages que nous connaissons — Hamlet, Ophélie, Claudius, Gertrude, Polonius, Laërte, Rosencrantz et Guildenstern, Yorick, Fortinbras — sont des fantômes qui répètent leur tragédie en boucle, pris dans un loop dont ils ne savent pas comment sortir. Autour d'eux, les spectateur.ices sont les vivants convoqués comme témoins. Le spectacle avance comme un mauvais sommeil : on rit, on chante, on mange, du sang tombe du ciel, des têtes roulent, on ressuscite, on raconte des histoires, et personne ne s'arrête vraiment. L'ombre du déni flotte dans chaque scène. "Un œil pleurant, l'autre riant", écrit Shakespeare, pour un début de conscience il y a un refoulement encore plus puissant. Pour un début de larmes, un rire glaçant. Hamlet dit des célébrations des noces de Gertrude et Claudius qui ont suivi de peu les funérailles de Hamlet-Roi, que "les viandes rôties des funérailles ont été servies froides au mariage." Dans OR, le recyclage continue — la mort est le meilleur compost.
Comment faire une place à la mort dans une société qui ne sait plus s'arrêter ? Le spectacle pose cette question — jusqu'au moment où une seule mort, enfin pleurée, ouvre peut-être quelque chose.
Si on entre dans Hamlet par la mort, a-t-on une chance d'en sortir plus vivant ?